Pourquoi l’orthophonie est-elle si précieuse pour les seniors ? Un défi de santé publique

Le vieillissement s’accompagne parfois de troubles de la communication ou de la déglutition. Ces problématiques, loin d’être anecdotiques, concernent un nombre croissant de personnes âgées en France. Selon les données du CNSA, près de 30 % des seniors de plus de 75 ans présentent des difficultés de communication ou de déglutition liées à l’âge, aux maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson), aux AVC, ou à certaines pathologies chroniques.1

L’orthophoniste intervient alors comme un maillon clé dans le maintien de l’autonomie, la prévention de la dénutrition, la sécurité alimentaire et la préservation de la vie sociale. En Vendée, département où la part de la population âgée dépasse la moyenne nationale (30 % des habitants ont plus de 60 ans – INSEE, 2021), la demande d’intervention orthophonique prend une dimension toute particulière.

Quels sont les motifs de recours à l’orthophoniste chez les personnes âgées ?

L’orthophonie ne se résume pas à l’accompagnement des enfants. Chez les seniors, elle embrasse de nombreux champs :

  • Troubles du langage oral et écrit (aphasies, difficultés d’articulation, perte de vocabulaire après AVC…)
  • Troubles de la déglutition (dysphagies suite à une pathologie neurologique ou un vieillissement musculaire)
  • Difficultés de communication liées aux maladies neurodégénératives (démences, maladies d’Alzheimer et apparentées, troubles cognitifs légers : confusion, difficultés à trouver les mots…)
  • Prévention de la désinsertion sociale (rééducation pour maintenir les échanges, l’autonomie sociale et la relation à l’entourage)

Un chiffre marquant : la Fédération Nationale des Orthophonistes estime que 70 % des actes d’orthophonie réalisés en EHPAD concernent la déglutition.2

Comment s’organise la prise en charge orthophonique ?

Le parcours en six grandes étapes

  1. Dépistage et signalement des troubles
    • Observation par la famille, les soignants ou le senior lui-même : troubles de la parole, fausses routes alimentaires, perte de voix…
    • Dépistage systématique dans les établissements d’hébergement (EHPAD, résidences autonomie) ou en consultation de gériatrie.
  2. Prise de rendez-vous
    • Prescription médicale indispensable : la sécurité sociale requiert une ordonnance d’un médecin généraliste ou spécialiste.
    • Orientation le plus souvent par le médecin traitant, ou par le gériatre hospitalier.
  3. Bilan orthophonique
    • Première rencontre : tests adaptés à la pathologie, recueil des habitudes de vie, identification des objectifs réalistes.
    • Remise d’un compte rendu et proposition d’un plan de prise en charge.
  4. Planification des séances
    • Élaboration d’un calendrier en lien avec l’entourage, le patient et les autres professionnels (soins, animation, kinésithérapeute…)
    • Choix du rythme et du lieu (cabinet, domicile, établissement)
  5. Mise en œuvre et adaptation
    • Les séances durent en général 30 à 45 minutes, 1 à 2 fois par semaine. Elles évoluent en fonction de la progression ou des nouveaux besoins.
  6. Évaluation et ajustement
    • Bilan régulier avec adaptation ou arrêt des séances, retour écrit au médecin prescripteur, conseils à l’équipe ou à la famille pour relayer les bonnes pratiques.

Qui planifie et coordonne ?

  • L’orthophoniste, en lien direct avec le médecin, l’équipe soignante et la famille.
  • En EHPAD, le médecin coordonnateur et l’infirmière référent(e) sont parties prenantes.
  • En libéral, la communication avec la famille et le médecin traitant est essentielle.

Données locales : En Vendée, on compte aujourd’hui environ 80 orthophonistes en exercice pour les plus de 110 000 seniors du territoire (ARS Pays de la Loire, 2023). Certains secteurs ruraux restent sous-dotés, ce qui pousse à repenser la planification avec des séances à domicile ou la téléorthophonie (consultation à distance, en développement depuis la pandémie de Covid-19, source : FNO).

Quels sont les modes d’intervention ? Cabinet, domicile, EHPAD ou télésanté

Modalité Particularités Pour qui ? Avantages Limites
Cabinet d’orthophonie Classique, en ville ou bourg-centre Senior mobile/sans pathologie cognitive lourde Équipements complets, confidentialité Déplacements parfois difficiles
À domicile Orthophoniste en visite ; souvent nécessaire en cas de perte d’autonomie Personnes dépendantes, sorties hospitalières, polyhandicap Confort, prise en compte du quotidien Temps de déplacement du professionnel, offres limitées en zone rurale
En EHPAD ou résidence senior Séances sur site, coordination avec l’équipe Résidents ayant troubles importants Travail pluridisciplinaire, adaptation au cadre, implication des équipes Disponibilité variable des intervenants
Téléorthophonie Visioconférence Seniors connectés, zones isolées, suivi post-hospitalisation Facilite l’accès, limitée par la fracture numérique Difficulté avec les pathologies cognitives sévères

Sources : Fédération Nationale des Orthophonistes, DREES, ARS Pays de la Loire

Quelle place pour les aidants et les équipes dans la réussite de la prise en charge ?

Chez les seniors, la présence et la coopération de l’entourage sont fondamentales. En pratique, l’orthophoniste inclut souvent la famille, les proches aidants et les personnels soignants dès le bilan. Ensemble, ils repèrent les situations à risque (chute alimentaire, confusion, isolement) et mettent en place des adaptations concrètes :

  • Conseils posturaux pour la déglutition (placer le senior correctement à table, surveiller la consistance des aliments…)
  • Alternatives pour la communication (grille de mots, gestes, objets relais…)
  • Relais des exercices à domicile, maintien de la motivation via des activités ludiques (chant, lecture partagée…)

Une étude menée en Pays-de-la-Loire par le CHU de Nantes note que le niveau d’implication de l’entourage conditionne jusqu’à 40 % du maintien des progrès réalisés en orthophonie.3

Exemple de planification : une semaine type pour une intervention en EHPAD vendéen

Jour Action orthophonique Collaboration
Lundi Bilan de déglutition d’une nouvelle résidente Médecin coordonnateur, infirmière
Mardi Séance individuelle d’exercice moteur et de communication Famille présente
Jeudi Réunion d’équipe sur les adaptations alimentaires pour cinq résidents AS, cuisiniers, diététicienne
Vendredi Suivi post-AVC en visioconférence avec l’hôpital du CHD Les Oudairies Médecin référent

L’enjeu : organiser les interventions en tenant compte du rythme de chacun, et faire circuler l’information pour que chaque partenaire sache quand et comment agir – un défi de coordination exemplaire, et un gage de sécurité pour les personnes fragiles.

Des ressources et dispositifs spécifiques en Vendée

  • CAIA : Cellule d’Appui à l’Intervention Ambulatoire : pour organiser en urgence une visite orthophonique à domicile après une hospitalisation (Conseil départemental de la Vendée)
  • Plateformes d’accompagnement Alzheimer et maladies apparentées : réseau de professionnels formés sur la communication adaptée à la maladie.
  • Associations locales de familles et aidants (France Alzheimer Vendée) : groupes de parole, sensibilisation aux outils de communication alternative.
  • Téléorthophonie expérimentée dans plusieurs EHPAD depuis 2022 : notamment dans le secteur des Herbiers et aux Sables d’Olonne.
  • Numéro d’information gérontologique de la Vendée : pour trouver un orthophoniste adapté ou se renseigner sur les démarches locales

Outils, innovations et perspectives : comment améliorer encore la planification des interventions ?

La planification des interventions orthophoniques évolue régulièrement. On assiste à :

  • Un développement de la téléorthophonie pour pallier la pénurie de professionnels dans certains secteurs (expérimentation "Télésoin" validée par les autorités de santé depuis 2020 – Ministère de la Santé)
  • L’introduction de logiciels partagés entre médecins, orthophonistes et équipes en établissement pour le suivi des séances et la continuité de la prise en charge.
  • Des formations mutualisées (associant orthophonistes, aidants, équipes de cuisine, animateurs) sur la prévention des troubles de la déglutition et la communication avec les malades Alzheimer (ex : modules proposés par le GIRPA Vendée)
  • Un renforcement du dépistage précoce grâce à la mobilisation des Centres Locaux d’Information et de Coordination (CLIC)

Piste à suivre : Le Conseil Départemental de Vendée réfléchit à des “itinéraires santé” pour une meilleure coordination entre médecins, orthophonistes libéraux, hôpitaux et établissements : tout l’enjeu est de structurer le parcours, surtout lors des moments de transition (retour à domicile après hospitalisation, entrée en structure…).

Pour aller plus loin : repères pratiques pour les familles et les seniors vendéens

  • Demander systématiquement un avis médical en cas de modification soudaine de la parole, de la voix, de l’alimentation ou de l’hydratation.
  • S’appuyer sur le médecin traitant ou le gériatre pour la prescription d’un bilan orthophonique et l’orientation vers les spécialistes locaux.
  • Être attentif à la coordination des soins et demander un point régulier entre l’orthophoniste et les autres intervenants (infirmier, kiné, diététicien…)
  • Consulter la liste des orthophonistes partenaires sur le site de l’ARS ou auprès des CLIC vendéens.
  • Explorer les possibilités de téléorthophonie si vous ou votre proche vivez dans une zone sous-dotée.

La planification des interventions orthophoniques n’est pas seulement une question de calendrier : c’est une co-construction au service de la dignité, de la sécurité et du plaisir de vivre de nos aînés, en Vendée comme ailleurs. L’enjeu : que chaque personne trouve l’accompagnement rassurant, ajusté, durable pour avancer sereinement dans ses jours tranquilles.

Sources : 1. CNSA – Chiffres clés 2023. 2. Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO), 2022. 3. CHU Nantes – Etude IMPULSion, 2020. INSEE – Recensement, 2021. ARS Pays de la Loire – Atlas régional, 2023.

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